Chats et sorcières

Par Sandrine :

 

Félin divin…

Les Egyptiens de l’Antiquité vénéraient les chats comme des dieux. Ils avaient perçu très vite l’avantage de posséder un tel animal : en chassant les petits rongeurs, il protégeait les greniers où les Égyptiens entreposaient leurs récoltes, (notamment le blé, ressource vitale pour ce peuple d’agriculteurs) ; il éliminait un vecteur de maladies graves (comme la peste) tandis qu’en chassant les serpents, il rendait plus sûrs les alentours des foyers proches d’où il établissait son territoire.

Ce chat divinisé l’était sous les traits de la déesse Bastet. Symbole de la féminité, de la fécondité et de la beauté, elle était la déesse protectrice des femmes, des enfants et du foyer.

Pour les Egyptiens, elle détenait le pouvoir magique de stimuler l’amour et l’énergie charnelle[1] ce qui faisait d’elle la déesse de la maternité et de l’accouchement.

Sous ses traits félins, la déesse représentait aussi le mystère, la nuit et la lune. Les chats furent adulés dans de nombreuses autres religions païennes. Dans le paganisme germanique et nordique notamment, le char de Freyja, déesse de l’amour et de la fertilité invoquée lors des accouchements, était tiré par deux chats, nommés « amour maternel » et « tendresse ».

Félin maudit…

Mais, après avoir été vénéré dans nombre de sociétés, l’Europe chrétienne fit du chat un animal maléfique investi de pouvoirs effrayants, et devant donc être éliminé. A partir du IVème siècle, l’orthodoxie religieuse en place interdit les cultes païens.  Les prêtresses des anciens cultes deviennent alors des sorcières tandis que les anciens objets de culte deviennent diaboliques.

Ainsi naît la relation entre le chat et la sorcellerie.

C’est au XIIIème siècle que le chat est « officiellement » et définitivement associé à la sorcellerie. Si les Egyptiens avaient donné au chat des pouvoirs surnaturels pour ses mystères, sa grâce, sa beauté et sa docilité, l’Eglise interpréta ces qualités de façon bien différente[2] et accusa les chats – surtout s’ils étaient noirs[3] – d’être les serviteurs ou les émissaires du Diable.

Les autorités ecclésiastiques élaborèrent alors la doctrine officielle du chat démoniaque, le compagnon maudit des sorcières et de leur sabbat[4] par une bulle papale de 1233 qui prévalut jusqu’au siècle des Lumières. En 1484, une seconde bulle papale ordonna que les sorcières et leurs chats soient brûlés vifs.

Il s’agissait tout d’abord pour l’Eglise chrétienne d’éradiquer les vestiges païens demeurés encore vivaces dans la culture populaire. Dans les campagnes, en effet, les rites païens de fertilité perduraient tandis que les femmes « consultaient » facilement les sorcières pour les grossesses ou les avortements. Il s’agissait d’autre part d’éliminer, en les diabolisant, les divers courants marginaux, sectes hérétiques ou dualistes, ressentis comme une Contre-Eglise.

Rien d’étonnant donc à ce que les victimes des procès pour sorcellerie soient essentiellement des femmes appartenant aux classes populaires. Ces femmes, dont certaines étaient accusées de se transformer en chat lors de leurs sabbats, étaient torturées, noyées ou brûlées sur le bûcher avec leurs chats noirs.

Il faudra attendre le XVIIème siècle pour que les persécutions s’arrêtent, lorsque le Parlement de Paris finit par nier toute réalité aux pactes sataniques et aux maléfices.

Mais les superstitions ont la vie dure : le chat noir est encore aujourd’hui associé à Halloween et aux sorcières des livres de contes…

 

[1] Symbolisme dont on comprend pourquoi il apparaîtrait plus tard bien trop sulfureux pour l’orthodoxie religieuse chrétienne officielle

[2] La dilatation de leurs pupilles quand ils chassent au crépuscule, le reflet de la lumière de leur rétine dans l’obscurité  (leurs yeux « chargés d’étincelles ») ajoutaient à leur mystère et à la défiance qu’ils suscitaient.

[3] Le noir de leur pelage évoquait davantage le Diable.

[4] Dans les croyances médiévales, Le sabbat était une assemblée nocturne de sorcières et sorciers qui donnaient lieu à des banquets, des cérémonies païennes, voire des orgies

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